Des rebelles touaregs en patrouille en 2006. Patrick Robert/Corbis via Getty Images La situation sécuritaire déjà précaire au Mali s'est encore détériorée fin avril 2026. Des attaques bien coordonnées ont visé plusieurs villes et coûté la vie au ministre de la Défense, Sadio Camara, ainsi qu'à plusieurs soldats maliens.

Ces événements sont l'aboutissement d'une recrudescence des attaques contre l'armée et les institutions de l'État au Mali au cours des dernières années.

Nous menons des recherches sur l'insécurité et la politique en Afrique de l'Ouest et au Sahel depuis plus d'une décennie. Nous pensons que les récentes attaques trouvent leur origine dans les griefs exprimés par les Touaregs, auxquels le régime militaire actuel n'a pas donné suite. Les Touaregs sont des communautés berbères nomades du nord du Mali.

Premier facteur : l’incapacité ou le refus de répondre au mécontentement des Touaregs. Leurs griefs portent principalement sur l’autonomie politique, la marginalisation, la reconnaissance culturelle, le contrôle des ressources, la sécurité et ce qu’ils perçoivent comme une négligence de l’État.

Deuxième facteur : le recours continu à la force par l’armée contre les rebelles dans les régions du nord, sans égard pour les dommages collatéraux. Les Touaregs contestent depuis longtemps les politiques de militarisation des gouvernements maliens successifs.

Troisième facteur : la répartition inégale des ressources, qui maintient la région nord dans une marginalisation. Il s’agit notamment des ressources du nord du Mali telles que les gisements d’or, les mines de sel, les pâturages et les couloirs commerciaux stratégiques. Les revenus tirés de ces sources restent contrôlés par le centre de l'État, basé dans le sud.

S'attaquer à la marginalisation économique pourrait présenter plusieurs avantages. Cela pourrait apaiser les griefs des Touaregs, restaurer la confiance dans l'État malien et faire évoluer les motivations du conflit, en le détournant de la rébellion pour l'orienter vers l'inclusion politique, la stabilité et une paix durable dans le nord du Mali.

En avril 2026, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) s’est allié aux rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) pour attaquer plusieurs villes du pays.

Cela fait écho à une attaque similaire survenue en 2012, lorsque les Touaregs et des militants affiliés à Al-Qaïda avaient lancé une offensive contre l’État. Le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), dominé par les Touaregs, a tenté de faire sécession et a déclenché une rébellion.

Le MNLA est un mouvement séparatiste dominé par les Touaregs. Fondé en 2011, il est principalement composé d’anciens combattants de retour de Libye et de Touaregs du nord du Mali. L’organisation comptait environ 10 000 combattants à son apogée en 2012.

Malgré leur nombre, ils ne disposaient pas de la puissance militaire nécessaire pour conserver le contrôle du territoire. Ils se sont donc alliés aux islamistes d'Ansar Dine, d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO). Peu après avoir repoussé les forces maliennes fin 2012, l'alliance s'est désintégrée.

Les groupes islamistes étaient mieux armés et financés. Ils ont chassé les séparatistes laïques des grandes villes comme Gao, Tombouctou et Kidal. L'intervention des forces françaises en 2013 a aidé le gouvernement malien à regagner la plupart des territoires perdus.

AQMI et ses alliés se sont alors repliés dans les montagnes et les zones désertiques environnantes. Ils ont adopté des tactiques de guérilla, notamment des attentats-suicides et l'utilisation de mines terrestres.

Le retrait des forces françaises en 2022 semble avoir renforcé l'audace des militants islamistes. Il a levé la pression antiterroriste, perturbé les services de renseignement et la logistique, et créé un vide sécuritaire dans un contexte de faiblesse des capacités de l’État malien. Cela a permis aux groupes islamistes d’étendre leurs opérations, de recruter localement et de regagner de l’influence territoriale.

Le régime militaire d'Assimi Goïta n’a pas su répondre aux revendications des séparatistes touaregs. Les Touaregs se plaignent depuis longtemps d’être exclus du pouvoir par l’État malien dominé par le sud. Depuis l'indépendance du pays en 1960, les dirigeants touaregs ont fait valoir que la structure de l'État malien ne reflète pas leur identité politique, leurs intérêts économiques et leurs traditions de gouvernance. La revendication d'une autonomie ou d'un statut d'autonomie a été réprimée, souvent par la force.

Plus récemment, l'aggravation de la sécheresse, de la désertification et de la variabilité climatique a dévasté les moyens de subsistance des pasteurs touaregs. Ces griefs sont antérieurs à l'insurrection islamiste et sont essentiels pour comprendre l'approche du groupe.

La deuxième question non abordée est que les opérations antiterroristes recourent à la force, ce qui entraîne des dommages collatéraux. Une analyse récente montre que les opérations antiterroristes menées dans le nord et le centre du Mali ont infligé aux civils des dégâts considérables, des déplacements de population et des punitions collectives. Celles-ci ont notamment pris la forme d’arrestations arbitraires et de massacres.

Ces facteurs ont créé des conditions que les groupes islamistes ont exploitées à des fins de recrutement, de contrôle territorial et de légitimation.

La responsabilité de cette situation a été imputée aux régimes maliens successifs et aux opérations françaises précédentes. C'est l'une des principales raisons pour lesquelles les interventions françaises ont été considérées comme des échecs.

Le troisième facteur majeur de violence au Mali est lié à la répartition inégale des ressources. Depuis l’indépendance, les investissements publics, les infrastructures, les services sociaux et l’attention politique se sont fortement concentrés dans le sud du pays.

Original Source
This article was published by The Conversation Africa. Read the full original story at the source:
Read Full Article ↗